SUDO jusque dans la soupe

Il y a déjà de nombreuses années, lorsque j’ai commencé dans l’administration de systèmes GNU/Linux, bien que SUDO existât et fût connu, il n’avait pas l’importance démesurée qu’on lui attribue aujourd’hui.

SUDO est un outil avec un objectif concret et essentiel. Le problème, c’est qu’aujourd’hui on prétend l’uniformiser comme le standard de facto pour toute action nécessitant les privilèges root dans le système, en lui attribuant une prétendue couche de sécurité supplémentaire. Et c’est faux : au moment où tu peux exécuter un shell avec des privilèges root via sudo, cette sécurité supplémentaire n’est plus qu’une apparence. Même l’éventuelle utilité de journaliser quelle action privilégiée a été exécutée par quel utilisateur ne signifie plus grand-chose.

Si je ne me trompe pas, c’est Ubuntu qui a commencé à populariser son usage. Comme couche de protection pour des utilisateurs de bureau réalisant des actions spécifiques nécessitant des privilèges, et utilisant une petite fenêtre d’authentification pour ce type d’événement ponctuel, il est intéressant de l’utiliser, car cela permet à un utilisateur inexpérimenté de réaliser certaines actions sans presque savoir ce qu’il fait (ça ne vous rappelle pas quelque chose… Win… ?).

Mais ne nous trompons pas : si tu vas travailler en shell et devoir effectuer des actions avec privilèges de manière routinière, sudo n’est pas la solution. C’est une perte de temps et un non-sens. L’administrateur système a eu et doit avoir l’importance et la responsabilité qu’il mérite ; et si ses doigts tremblent parce qu’il se trouve dans un shell root auquel il a accédé avec le vétéran su ou directement via une clé SSH, alors il ferait mieux de se consacrer à autre chose.

J’oserais même dire que son utilisation routinière peut être dangereuse. Si, en tant qu’administrateur, tu sais que tu portes la responsabilité du root, tu ne te relâches pas ; tu es attentif à chaque touche que tu presses et tu prends une microseconde pour réfléchir avant de taper l’irrévocable « entrée ». Mais avec « sudo », les choses changent : tu peux croire que tu es protégé, mais les actions peuvent être tout aussi désastreuses. Cette fausse sensation de sécurité peut te pousser à te relâcher (sans parler du fait d’être étourdi à force de lire sudo partout) et à commettre des erreurs graves.

SUDO peut être très utile si, par exemple, tu veux donner à un développeur la possibilité de redémarrer un service nécessitant des privilèges root de manière autonome, et rien de plus. Là, son objectif est correct et c’est pour cela qu’il a été conçu, pas pour remplacer un shell root.

Enfin, il faut aussi considérer ceci : toute application supplémentaire dans le système permettant une escalade de privilèges est, de par sa nature, un vecteur de risque, car elle n’est pas exempte de possibles failles de sécurité pouvant compromettre le système (https://www.sudo.ws/sudo/security.html)

Chacun est libre de gérer ses systèmes comme il l’entend ; personnellement, sauf si c’est vraiment nécessaire pour un usage concret et justifié, je préfère garder sudo en dehors de mes systèmes.

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